Benjamin Péret
Le poète surréaliste Benjamin Péret est sans doute l’une des personnalités les plus illustres nées à Rezé. Souvent éclipsé par la popularité de son ami André Breton, son œuvre littéraire et son fervent militantisme politique ont pourtant considérablement marqué le millieu intellectuel et artistique de son époque.
L’enfant rebelle face à la Première Guerre mondiale
Benjamin Péret est né le 4 juillet 1899 à Rezé, au 15 rue Alsace-Lorraine, dans le quartier Pont-Rousseau. Élevé par sa mère, catholique pratiquante, il démontre très rapidement un caractère rebelle et facétieux. C’est un élève décrit comme turbulent et indiscipliné. Dans son autobiographie, La parole est à Péret, il décrit l’école comme "une sorte de prison dont il est libéré chaque soir".
Son adolescence est marquée par la Première Guerre mondiale. En 1917, Péret est contraint de s’engager dans un régiment de cuirassiers de l'armée. Cette expérience de la guerre le rend farouchement antimilitariste.
À l’origine du mouvement surréaliste
Après la guerre, Péret se rend à Paris où il rencontre un petit groupe de poètes composé d’André Breton, de Louis Aragon ou encore de Paul Éluard. Avec eux, il crée le mouvement surréaliste en 1924 et anime la revue dont se dote le groupe : La Révolution surréaliste.
Le mouvement surréaliste est issu du mouvement Dada, dont faisait déjà partie Benjamin Péret. Ce mouvement vise à libérer la création artistique de toute contrainte et de toute logique. Selon eux, "le surréalisme est un moyen de libération totale de l’esprit".
Un engagement politique ardent
En 1927, Benjamin Péret adhère au parti communiste, comme de nombreux autres artistes à cette époque. Il publie plusieurs articles dans L'Humanité, visant notamment l’armée et le clergé. Cependant, les conflits secouant le parti communiste le pousse à le quitter et à rejoindre le courant dirigé par Trotski.
En 1929, Péret part vivre au Brésil en compagnie de sa nouvelle épouse, la cantatrice brésilienne Elsie Houston. Il n’y restera que peu de temps car son militantisme le conduit à être expulsé du pays et à retourner en France en 1932.
L’écrivain face aux régimes fascistes
Dans les années 1930, les surréalistes adhèrent au Comité de vigilance des intellectuels antifascistes. En 1936, Péret publie son recueil Je ne mange pas de ce pain-là, peu de temps avant son départ en Espagne où il participe activement à la Révolution sociale pendant la guerre civile. Durant cette période, il s’engage dans le Parti Ouvrier d’Unification Marxiste (le POUM), avant de rejoindre la milice anarchiste espagnole de Durruti.
En 1940, Benjamin Péret est mobilisé à Nantes, puis emprisonné pour ses activités politiques, et finalement libéré un mois plus tard. Péret quitte la France et choisit de s'installer au Mexique, où il milite avec le groupe trotskiste espagnol en exil et commence la rédaction de L'Anthologie des mythes, légendes et contes populaires d’Amérique, un travail qui l’occupera jusqu’à la fin de sa vie.
Dernières œuvres et aboutissement d’une vie militante
Jusqu’en 1948, Benjamin Péret vit modestement de sa plume. En 1945, il publie Le Déshonneur des poètes, un violent pamphlet en réponse au recueil de poésie L’Honneur des poètes paru l’année précédente. Il y accuse ses anciens amis Éluard et Aragon d’avoir sombré dans la propagande patriotique. De retour en France, il poursuit son combat politique, il rompt avec le trotskisme et se rapproche du mouvement anarchiste. En 1956, il publie une de ses œuvres majeures, Anthologie de l’amour sublime.
Malade et affaibli, Benjamin Péret meurt le 18 septembre 1959 à Paris. Sa pierre tombale porte l'inscription "Je ne mange pas de ce pain-là". Son amitié avec André Breton est restée intacte tout au long de sa vie. Tous deux sont inhumés à quelques tombes d'écart au cimetière parisien des Batignolles.
« À Benjamin,
Toute une vie dont la chance a été de pouvoir
se mirer et s’exalter dans la sienne,
avec tout ce que j’éprouve d’unique pour lui. »
André Breton
POUR EN SAVOIR PLUS
- RICORDEAU Rémy, Benjamin Péret, éditions Seven Doc, 2015