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Rezé dans la Seconde Guerre mondiale

Une vingtaine d'années après la fin de la Première Guerre mondiale se profile déjà un nouveau conflit planétaire. Le traumatisme de la Grande Guerre, l'arrivée au pouvoir de régimes totalitaires et fascistes dans plusieurs pays européens et l'expansionnisme du IIIe Reich mené par Hitler conduisent la France à entrer en guerre le 3 septembre 1939. 

Rezé et ses habitants vivent alors pendant plusieurs années au rythme d'une guerre à l'ampleur sans précédent et qui laissera des traces vives dans la mémoire collective.

Frise chronologique

De la "drôle de guerre" à la débâcle

En septembre 1939 commence la "drôle de guerre", sans combats pendant plusieurs mois car l'Allemagne se concentre sur son offensive en Pologne et les troupes françaises espèrent être protégées par la ligne Maginot établie sur la frontière nord-est.

De nombreux soldats sont néanmoins mobilisés durant cette période, parmi lesquels des Rezéens apportent leur contribution.

La ville accueille d'ailleurs des cantonnements sur son territoire ainsi que des troupes anglaises (les Tommies), le Royaume-Uni étant entré en guerre conjointement à son allié français.

En mai 1940, tout bascule : Hitler attaque la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas puis envahit le nord-est de la France. Là encore, nombre de Rezéens participent aux combats, certains y laissent la vie ou sont faits prisonniers. L'armée allemande avance rapidement et inexorablement. Paris est atteinte en seulement un mois, Nantes et Rezé dès le 19 juin. La France capitule et le maréchal Pétain signe l'armistice le 22 juin avant de se faire accorder les pleins pouvoirs.

Face à cette débâcle, un grand nombre de réfugiés affluent dans l'ouest et surtout en direction du sud du pays encore épargné. La France est désormais coupée en deux zones : Rezé doit désormais vivre sous le régime de l'occupation.

Une municipalité sous l'influence de Vichy

La prise de pouvoir du maréchal Pétain et l'instauration du régime de Vichy en juillet 1940, encourageant la France dans la voie de la collaboration avec l'Allemagne nazie, met à bat le fonctionnement démocratique des institutions républicaines sur fond de propagande à la gloire du nouveau chef de l'État.

C'est ainsi qu'à Rezé la municipalité issue des élections de 1935 et menée alors par le maire Jean Vignais est dissoute sur ordre du pouvoir. Le nouveau maire Alexandre Le Lamer est directement nommé par le régime, comme dans toutes les communes de plus de 2000 habitants. 

Le nouveau conseil, dès son installation, proclame alors son soutien au maréchal. Il adopte des mesures fidèles aux préconisations du pouvoir vichyste (création d'un comité local pour la propagande sociale de Pétain, modification de noms de rues).

La municipalité Le Lamer reste aux commandes de la Ville jusqu'à la libération de Rezé.

La vie sous l'Occupation

La Guerre et l'Occupation apportent leur cortège de restrictions : réquisitions des produits agricoles et alimentaires par l'occupant, difficultés de ravitaillement et pénuries. 

Dès le printemps 1940, des cartes et tickets de rationnement sont distribués aux Rezéens. D'abord destinés aux denrées de base, ils sont ensuite étendus aux textiles et encouragent le "système D" ou le marché noir. Le manque et la qualité réduite de l'alimentation (dont les ersatz) ont aussi des conséquences sanitaires avec une recrudescence des maladies.

Les nombreuses restrictions imposées sur les matières premières laissent nombre d'entreprises sans activité et le chômage touche une grande partie de la jeunesse. En 1943, le régime de Vichy impose le STO (Service du Travail Obligatoire) qui doit envoyer les jeunes hommes travailler en Allemagne. Si nombre d'entre eux tentent d'échapper à la réquisition, des Rezéens seront tout de même enrôlés ou raflés pour être envoyés Outre-Rhin.

Face aux pénuries de carburant, les transports sont fortement impactés et les déplacements à vélo deviennent bien souvent une nécessité. Les bicyclettes feront d'ailleurs l'objet d'un recensement par les occupants qui règlementent désormais une large partie du quotidien de la population.

Les occupants à Rezé

Les Rezéens doivent composer avec la présence des soldats allemands et une cohabitation parfois chaotique. Si les occupants n'hésitent pas à se mêler à la population, les relations sont variables, selon les situations et les personnalités de part et d'autre.

De nombreuses propriétés rezéennes sont réquisitionnées et occupées durant cette période. Ce sera ainsi le cas pour plusieurs demeures à Pont-Rousseau, le château de la famille de Monti, le manoir de Praud, le Castel de la Tour, les écoles du bourg ou encore le château de la Classerie. Certains de ces édifices subiront d'importants dommages durant cette période ou lors du départ des occupants.

Le château de la Balinière est quant à lui transformé en hôpital militaire et, selon des témoignages, les Allemands y auraient également aménagé un "casino" ayant recours à la prostitution.

Enfin, le domaine des Naudières, lui aussi réquisitionné, accueille un des plus importants contingents allemands sur le territoire de la ville dont quelques clichés pris par les soldats eux-mêmes témoignent.

Les résistants

Même minoritaires au sein de la population française (bien peu nombreux sont ceux qui entendent l'appel du général De Gaulle le 18 juin 1940), les mouvements de résistance à l'Occupation et à la collaboration avec l'Allemagne nazie s'organisent et se développent : actes symboliques, détournement des lois de Vichy, renseignements, mouvements armés ou encore sabotages, leurs actions sont nombreuses et opérées dans l'ombre.

Plusieurs Rezéennes et Rezéens, qu'ils soient d'origine ou d'adoption, s'engagent ainsi dans la résistance. Jeunes ou moins jeunes, ils sont bien souvent issus du monde ouvrier et syndicaliste, parfois militants communistes. Certains d'entre eux sacrifieront leur vie pour la cause qu'ils défendent. 

Un grand nombre d'arrestations ont lieu dans la région à partir de l'été 1942 et conduisent à de véritables simulacres de procès par les tribunaux allemands. 

C'est ainsi que lors du "procès des 42" en janvier 1943, 37 résistants sont condamnés à mort et fusillés parmi lesquels 8 Rezéens : Henri Adam, Georges Barbeau, Marcel Boissard, Albert Brégeon, André Guinoiseau, Maurice Jouaud, Maurice Lagathu et Félicien Thomazeau. 

En août 1943, lors du "procès des 16", le verdict condamnent 15 d'entre eux à la peine capitale dont les Rezéens Jean Fraix et Guy Le Lan.

D'autres encore seront arrêtés, fusillés ou abattus par la police comme Alexis Auvinet, Claude Gaulué, Victor Fortin, Pierre Legendre ou Marcel Brégeon.

Les déportés

L'horreur de la Seconde Guerre mondiale atteint son paroxysme avec la mise en place de la déportation et des centres de concentration et d'extermination par Hitler et le régime nazi. Juifs, Tziganes, homosexuels, handicapés, résistants, opposants politiques, prisonniers de guerre : ils sont des millions à travers l'Europe à connaître la déportation et à y trouver la mort dans des conditions absolument terribles et dramatiques.

Parmi toutes ces victimes de la déportation figurent 1 femme et 46 hommes natifs, domiciliés ou arrêtés à Rezé. Si leur parcours sont divers, ils ont tous en commun d'avoir lutté contre la barbarie et ont été déportés pour leur engagement dans les mouvements de résistance et leur opposition politique. 

29 d'entre eux n'en reviendront jamais : Clément Bachelier, Georges Berthomé, Xavier Brault, Henri Cariou, Eugène Chartier, Charles Clavier, Jean-Baptiste Daviais, François Desmichel, Raymond Isaac Eskenazi, Marcel Guilbaud, Jules Guilloteau, Théophile Huchet, Alexandre Huchon, André Hug, Jules Lambert, Henri Lamour, Pierre Le Floch, Joseph Lesourd, Vincent Mazan, Eugène Ménager, Jean-Baptiste Nau, Francis Ogé, Marie Rouquier, François Patron, Jean Salou, René Surelle, Jean-Albert Tanguy, Jean-Joseph Tanguy et Jean-Eugène Taraud.

Sous les bombes

Avant même le début de la guerre, un système de défense passive est mis en place à Nantes, chargé de diffuser conseils et lieux d'abris en cas de bombardements. Cependant à Rezé, si un poste central est installé à Pont-Rousseau, aucun abri véritable ne fut alors conçu et les habitants durent se contenter de solutions de fortune.

Durant les premières années du conflit, l'agglomération est relativement épargnée par les bombes malgré des attaques aériennes en 1942 (notamment à Norkiouse et sur le château de la Houssais) et au début de l'été 1943. Elle devient néanmoins un enjeu stratégique pour les forces alliées en raison du port et de la gare de Nantes ainsi que de l'aéroport de Château-Bougon utilisés par les Allemands.

La ville est alors la cible d'intenses bombardements menés par l'aviation américaine les 16 et 23 septembre 1943 qui provoquent d'immenses dégâts et causent la mort de 1463 personnes et des milliers de blessés. 

À Rezé, où la population assiste à ce déluge de feu, les bombardements ont également un grand impact, tout particulièrement dans le secteur de Pont-Rousseau : selon l'examen mené alors par la Ville, plus de 200 bombes se sont abattues sur le territoire rezéen, une dizaine d'immeubles sont détruits, 70 très endommagés, une vingtaine de Rezéens ont perdu la vie (sans compter ceux qui se trouvaient à Nantes à ce moment-là) et 120 personnes se retrouvent sans-abri. 

Les bombardements créent un véritable traumatisme et entrainent alors un exode de nombreux Rezéens et Nantais vers le sud-Loire.

Souvenirs de Rezéennes et Rezéens sur les bombardements de 1943

Enregistrement sonore avec les voix de (par ordre d'apparition) : 

Jacqueline Normand, Gisèle Lecoq, Maurice Savariau, Ginette Blandin, Charlotte Talet, René Pineau, Guy Le Floch, Louis Heurtin, Marcel Naud, Armelle Hélias, Simone Leray, Joachim Corbineau, Hubert Le Gohébel et Marcelle Le Floch.

[ATTENTION : des passages peuvent heurter la sensibilité du public]

"Onde de choc", création sonore de Cécile Liège - Le Sonographe, en collaboration avec les archives municipales de Rezé

La libération de Rezé

L'entrée en guerre des États-Unis en 1942 a contribué au rééquilibre des forces bélligérantes et une bascule s'opère alors en faveur des Alliés dont les progrès sont de plus en plus significatifs face aux troupes allemandes. Le 6 juin 1944, le débarquement de Normandie ouvre la voie vers la libération progressive des territoires occupés. 

Durant l'été, de nouveaux bombardements ont lieu : le pont de chemin de fer de Pont-Rousseau est coupé, un avion américain touché s'écrase au Jaunais.

Rezé se réveille libre le 29 août 1944 avec le départ des troupes allemandes, deux semaines après sa voisine nantaise.

La chute du régime de Vichy et l'instauration du gouvernement provisoire dirigé par le général De Gaulle permettent la réinstallation des conseils municipaux démis en 1941 : à Rezé, l'ancien maire Jean Vignais et les conseillers sont ainsi réinstitués dans leurs fonctions dès le 8 septembre 1944. La première séance du conseil dans un Rezé libéré est l'occasion d'une adresse affirmant le soutien et la gratitude de Rezé envers le général et la résistance.

La Seconde Guerre mondiale prend officiellement fin sur le continent européen le 8 mai 1945 avec la signature de l'armistice et la capitulation de l'Allemagne.

Une mémoire à préserver

Conserver la mémoire de cette sombre période de notre histoire et rendre hommage aux nombreuses victimes du plus grand conflit armé que l'humanité ait connu est un devoir, alors que le temps qui passe en estompe progressivement les témoins et leurs souvenirs.

Depuis la Libération, la Ville de Rezé s'est engagée dans cette volonté de préserver cette histoire et de la transmettre.

Ainsi, dès la fin de l'année de 1944, le conseil municipal rezéen décide de rebaptiser plusieurs rues en hommage aux résistants fusillés (carte des rues rezéennes et biographies des fusillés). Progressivement, dans les années qui suivent, d'autres noms de rues seront dédiés aux victimes de la déportation.

Plusieurs monuments commémoratifs dans la ville nous rappellent à la mémoire de ces disparus : les monuments aux morts (Place Salengro et dans les cimetières Saint-Pierre et Saint-Paul), le mémorial des déportés (Rue des déportés). Chaque année, les cérémonies officielles et du souvenir perpétuent cet engagement : hommage aux résistants fusillés, hommage aux victimes de la déportation, hommage à Jean-Baptiste Daviais, anniversaire de la libération de Rezé ou encore commémoration de la fin de la guerre.

Enfin, il faut souligner que Rezé est représentée au mémorial de la Shoah à Jérusalem à travers deux femmes reconnues Justes parmi les Nations pour avoir sauvé deux enfants juifs pendant l'Occupation. 

Marie-Yvonne Rahir, Rezéenne née 1898, cache pendant près de deux ans le jeune Léon-Claude Pergament dit "Loulou". 

Henriette Bochereau, née Launay, accueille avec sa mère pendant 4 ans la petite Édith Prymak à Saint-André-de-la-Marche (Maine-et-Loire) et s'installera plus tard à Rezé jusqu'à son décès en 2020.

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